Cet homme est un des Rois noirs les plus connus au monde, presqu’autant que Tuanga Imana (Toutankhamon) ou Ramessou Maryimana (Ramsès II). Son règne marque l’apogée du Mandeng et le sommet absolu de l’époque impériale africaine. Mandeng est à cette période l’Etat le plus riche au monde. Qu’a fait Kankou Moussa pour passer à ce point à la postérité ? Biographie de ce Souverain à l’existence retentissante, et à l’héritage controversé.

Image générée par Intelligence artificielle, Lisapo ya Kama
L’Amérique et l’accession au pouvoir
Kankou Moussa voit le jour probablement vers le début du 56e siècle de l’ère africaine (fin du 13e siècle de l’ère occidentale). Sa mère, dont il porte le nom en vertu de la tradition matriarcale africaine, est Kankou. Son père est Faga Laye.
Kankou Moussa appartient à la dynastie des Keita qui règne sur le Mandeng depuis sa fondation par Mansa Soundjata Keita. De sa vie avant de devenir Mansa (Empereur), on sait peu de choses. Moussa a laissé lui-même, lors de son passage au Caire en Egypte, le récit stupéfiant de son arrivée sur le trône.
Son prédécesseur Mansa Abubakari II, qui était peut-être son frère, était déterminé à découvrir ce qu’il y avait de l’autre côté de l’Atlantique. En 5546 de l’ère africaine (1310 de l’ère occidentale), Abubakari II fit partir 200 bateaux vers l’ouest. Un seul marin revint. En 5547, Abubakari II en personne mena donc une expédition de 2000 bateaux. Il confia le pouvoir à Kankou Moussa et s’en alla pour ne plus jamais revenir.
On sait aujourd’hui que les Mandingues sont bel et bien arrivés en Amérique et les contacts entre l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique ont duré jusqu’à l’époque de Christophe Colomb. Nous avons traité le sujet dans un article que vous pouvez lire en cliquant ici
C’est donc en remplacement d’Abubakari II parti pour l’Amérique, que Kankou Moussa est devenu le 10e Monarque du Mandeng.

Illustration de Kephra Burns, éditée par Leo et Diane Dillon
Un Empire riche et un Roi très musulman
Le nouveau Mansa prend les commandes d’un Etat vaste de deux millions de Km2 et d’une richesse inouïe. Le Mandeng à cette époque contrôle la moitié de l’or dans le monde et a des réserves de cuivre considérables. Sa position stratégique sur les routes commerciales garni encore plus ses coffres. Mandeng est par ailleurs un haut lieu de connaissances qui compte de nombreux lettrés et étudiants, aux savoirs très avancés en mathématiques, philosophie et droit notamment.
L’Empereur Moussa étend les frontières de l’empire, renforce l’éducation, et entend faire jouer à l’islam un rôle plus grand.
La fondation du Mandeng même est issue en partie d’un conflit religieux, entre Soundjata Keita, vitaliste (animiste) et musulman, et Soumangourou Kante, vitaliste et opposé à l’Islam. Les Rois du Mali ont continué ce syncrétisme (mélange) entre la religion arabe et les cultes africains. Moussa semble avoir été le premier Mansa à être presque entièrement dévoué à l’Islam.
En bon croyant, il décide donc d’aller à La Mecque. C’est ce déplacement, qui va le faire rentrer avec fracas dans l’histoire.
Le Pèlerinage
En 5560 (1324), soit en l’an 13 de son règne, l’Empereur entame le voyage le conduisant vers les lieux saints de l’Islam. S’ébranlant de la capitale Niani, la caravane la plus luxueuse de tous les temps est composée de 60 000 personnes, magnifiquement vêtues de soie et de brocarde. Le Mansa est à l’avant à cheval, précédés de 500 serviteurs portant chacun 2 kg d’or. 100 chameaux sont dressés en particulier, chacun portant 135 kg d’or.

Illustration de Leo et Diane Dillon
Les Mandingues arrivent au Caire en Egypte, où ils passeront des mois. Leurs manières délicieuses, raffinées et courtoises, leur générosité et le luxe de leurs vêtements subjuguent les Arabes et Coptes d’Egypte. Mansa Moussa distribue de l’or partout, à tel point que le métal précieux perd de sa valeur. L’économie égyptienne, impactée négativement, va mettre au moins 10 ans à s’en remettre.
Kankou Moussa, absorbé par les rituels religieux et certainement au fait de sa propre grandeur, ne va rendre visite que tard dans son séjour au puissant sultan d’Egypte. Un incident diplomatique est évité. La caravane poursuit sa route vers La Mecque.
En Arabie, le Roi respecte toutes les étapes du pèlerinage et se rend aussi à Médine. Il distribue de grandes quantités d’or encore et inonde de dons les institutions religieuses. Il rencontre des savants sur place et échange intellectuellement.
A la fin de son voyage, le monde arabe, alors bloc politiquement, culturellement, militairement et sur le plan civilisationnel, le plus puissant au monde, sait désormais que le Mandeng est le pays le plus riche de la Terre.
Le rôle exact du savant Es Sakali au Mali
En 5561 (1325), Kankou Moussa est de retour sur les rives du fleuve Dioliba (fleuve Niger). Il est rentré d’Afrique du Nord avec Es Sakali, un savant arabe d’Espagne, à qui il a chargé de construire une salle d’audience carrée et surmontée d’un dôme. C’est là tout ce qu’Es Sakali a fait au Mandeng.
L’érudit arabe a par ailleurs été impressionné par le niveau de connaissances des savants mandingues, qui était sur certains plans supérieur au sien. La version dominante attribue pourtant à Es Sakali, la paternité des constructions monumentales du Mandeng, notamment ses mosquées. Le style architectural pyramidal du Mandeng n’a pourtant rien avoir avec le style arabe. L’architecture du Mandeng est indigène.
Cheikh Anta Diop conteste efficacement cette version répandue d’un Es Sakali à l’origine de l’architecture du Mandeng, dans L’Afrique Noire Précoloniale, pages 191-192.

CC BY-SA 2.0
La fortune
Celebrity Net Worth, journal spécialisée dans l’évaluation des fortunes, estime celle de Mansa Moussa, ajustée par rapport à l’inflation à 400 milliards de Dollars. Ce qui en fait un homme plus riche que Bill Gates, Rockefeller ou Carnegie. Il est resté l’homme le plus riche de l’histoire jusqu’à Elon Musk en 2026. L’information sur la fortune de Kankou Moussa est reprise par Encyclopedia Britannica, USA Today, Businness Insider, Huffington Post, Suddeutsche Zeitung.
L’héritage
Si le monde noir peut être tenté d’être fier d’avoir eu un des hommes les plus riches de l’histoire, pour beaucoup de Maliens, le Roi n’a fait que dilapider et gaspiller la fortune publique. C’est pourquoi il reste une figure controversée. On doit ceci dit saluer son effort dans le développement du système éducatif de l’époque au Mandeng.
Enfin, le fait d’avoir exposé à ce point la fortune d’un pays noir, fera connaitre l’Afrique comme la Terre de l’or et de la richesse. Cette réputation explique en bonne partie l’arrivée des Européens sur le continent au 15e siècle, en quête du fameux or. Ces Européens colonialistes et esclavagistes, seront en bonne partie responsables, par leurs actes terroristes, du déclin de l’Afrique.
Hotep!
Par : Lisapo ya Kama ©
Notes :
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- Blackhistorypages
- L’Afrique noire précoloniale, Cheikh Anta Diop
- Encyclopedia Britannica
- Jeune Afrique

